Partir pour la guerre avec

William Reid Duncan

servi avec

14e bataillon

3e régiment,
Victoria Rifles of Canada

grade

Sergent

Âge au engagement : 30

Lieu de naissance : Coatbridge, Écosse

Emploi précédent : Agriculteur

Partenaire : Marié à Mme Maud Duncan

[Photographie] ‘Sergeant William Reid Duncan’, Date Inconnu, Collections Royal Montreal Regiment.

Photographie du Sergent William Reid Duncan, probablement prise après la guerre.

William Reid Duncan fait partie de la première vague de soldats qui s’engagent dans l’armée canadienne en août 1914 pour participer à la Première Guerre mondiale. Par ses écrits, on peut en apprendre beaucoup plus sur les impressions et les questionnements d’un jeune soldat qui se préparent à quitter pour l’Europe.

[Journal intime] ‘Sergeant William Reid Duncan-Diary’, 20 juin 1915, Collections CCGG

« Le Sergent Wallis & moi avons nagé dans le canal à 10h30. Nous avons eu un bon dîner aujourd'hui. Le Sergent Wallis, Whiteman, le Caporal Plow, Wright et moi avons acheté des conserves de saumon, de la laitue, des oignons & nous avons mangé une belle salade, puis nous avons terminé avec des pêches en conserve. »

Très cartésien et pointilleux, Duncan nous présente un compte-rendu détaillé de la guerre, et évite souvent des descriptions émotives.

Son journal intime est composé de nombreux indicateurs géographiques et temporels, qui nous permettent de retracer facilement son parcours. Duncan est aussi un grand amateur de nourriture. Il décrit régulièrement ses meilleurs repas, qu’il partage avec son bon ami et collègue, le Sergent Wallis.

S'entraîner pour la guerre

[Drapeau] “Valcartier” fanion, 1914, Collections CCGG

Le camp militaire de Valcartier

Le 4 août 1914, quand l’Empire britannique déclare la guerre à l’Allemagne, le Canada est automatiquement entraîné dans le conflit. La même journée, le gouvernement canadien décide de mettre sur pied une force de frappe indépendante pour la première fois: le Corps expéditionnaire canadien est né.

Le gouvernement canadien a très peu de temps pour mettre en place un processus de mobilisation et une nouvelle base militaire à Valcartier, près de la Ville de Québec. En quelques jours, les terres agricoles de Valcartier deviennent une petite ville, avec des tentes, des rails, des champs de tir et des lignes téléphoniques.

D’août à octobre 1914, 32 665 volontaires de partout à travers le pays convergent vers Valcartier, dont Duncan. À cet endroit, les soldats pratiquent des manoeuvres militaires et le tir. Ils rencontrent aussi leurs futurs compagnons et passent du temps avec leur bataillon.

[Photographie] “Valcartier-General View of the Camp”, 1914, Collections CCGG

« Quelques notes à propos du camp. Il y avait une belle étendue de terrain plat où toutes les tentes étaient dressées puis nous étions entourés de très hautes collines. [...] Durant notre séjour au camp du 25 août au 28 septembre, nous étions très occupés à nous équiper de vêtements, etc. & pratiquer des manoeuvres militaires & le tir tous les jours. Nous avons eu du très beau temps tout le temps à l'exception d'un jour ou deux un peu mouillés mais globalement nous avons eu un très bon temps & nous sommes amusés. »

À leur arrivée sur le site, les futurs soldats subissent un examen médical et sont vaccinés avant de recevoir leurs vêtements et leur équipement. Ils doivent également signer des papiers d’attestation qui confirment leur enrôlement au sein de l’armée.

Voyager jusqu'en Angleterre

Les dangers de la haute mer

Après un mois d’entraînement à Valcartier, le 14e bataillon quitte pour l’Angleterre à bord du S. S. Andania, avec Duncan à bord.

[Photographie] “The S. S. Andania”, 1913, Maritime Digital Archive Encyclopedia

« La mer est devenue assez agitée, la plupart des hommes avaient le mal de mer. Une grosse vague est arrivée sur le pont vers 19h et a frappé quelques hommes. L'un d'entre eux s'est cogné la terre sur une piece de fer et est mort peu de temps après. »

Même s’il est enthousiasmé par le départ, Duncan sait qu’en temps de guerre, traverser l’Atlantique peut être dangereux. Les mesures de sécurité employées sur les bateaux ne sont pas toujours efficaces, particulièrement en cas de mauvais temps, et quelques soldats meurent avant d’atteindre l’Angleterre.

Les soldats sont aussi conscients du danger que présentent les sous-marins ou les torpilleurs, qui peuvent facilement couler un navire. À proximité de la côte anglaise, la marine britannique utilise des cannonières ou des contre-torpilleurs pour protéger la flotte canadienne contre ce type d’attaque.

« Terre en vue sur notre gauche. Six contre-torpilleurs nous ont rejoints et nous ont escortés dans le détroit de Plymouth où nous avons jeté l'ancre à 17h. »

Se préparer pour le front

[Photographie] “The Canadian Mudlarking on Salisbury Plains”, 1914, Bibliothèque et Archives Canada, 1964-114 NPC

Des soldats canadiens marchant dans la boue à Salisbury Plain, en 1914.

« Nous avons bougé nos tentes d'environ 200 verges en bas de la colline en raison du sol sur lequel nous nous trouvions, qui a environ un pied de profondeur de boue »

L'expérience de Duncan au camp de Salisbury Plain

Une fois arrivés en Angleterre, les soldats s’entraînent durant quatre mois au camp d’entraînement de Salisbury Plain. L’hiver de 1914 est cependant caractérisé par de la pluie incessante et du froid, qui transforment le camp en immense marais. La situation est telle que les soldats finissent par surnommé le camp…’Mudbury’ Plain, un jeu sur le mot anglais mud qui signifie boue.

« ...l'eau atteint le ventre des chevaux sur environ 100 mètres. »

Les conditions métérologiques compliquent l’entraînement des soldats. La pratique du tir à la cible et des manoeuvres militaires est souvent interrompue par des tempêtes de pluie. L’équipement canadien, comme les bottes des soldats, ne survit pas bien à l’hiver et doit être remplacé en grande partie par des fournitures britanniques. Même le fusil Ross, produit par les Canadiens, a tendance à s’enrayer dans la boue et doit être changé en 1915.

[Chaussures] “Ammunition Boots”, Date Inconnu, Collections CCGG

Les bottes canadiennes sont remplacées par des bottes britanniques de type «Ammunition».

Les soldats peuvent quitter Salisbury Plain de temps en temps. Durant le temps de Noël, Duncan est très heureux de pouvoir voyager à Londres et à Glasgow pour passer du temps avec ses amis et sa famille.

[Journal intime] ‘Sergeant William Reid Duncan-Diary’, 3 janvier 1915, Collections CCGG

“Went to church 12 oclock then saw a lot of my old friends. Went down to Glasgow 4 PM to Uncle Willie’s & saw aunt’s brother Charlie.” – January 3, 1915

Le parcours de Duncan durant la guerre

Après ces mois d’entraînement, Duncan est envoyé sur le front occidental en février 1915, pour combattre en France et en Belgique.

Blessé par une balle en juin 1916, durant la bataille du mont Sorrel, Duncan passe 165 jours à l’hôpital. Sa blessure entraîne la perte partielle des fonctions motrices d’un de ses bras. Se remettant lentement, il est renvoyé sur le champ de bataille en 1917. Il survit jusqu’à la fin de la guerre, et retourne à Montréal en 1920.

[Photographie] “Mount Sorrel with Armagh House in the foreground”, 1916, Collections CCGG, 2016.3.1.2-53.

Photographie d’un abri détruit durant la Bataille de mont Sorrel, en juin 1916