[Photographie] “Richard Walter Rayner”, Date Inconnu, Collections CCGG

Vivre dans les tranchées avec

Richard Walter Rayner

servi avec

10e Field Battery

3e brigade du Régiment royal de l’Artillerie canadienne

grade

Artilleur

promu à Sergent et puis à Lieutenant en 1916 durant la guerre

Âge au engagement : 27

Lieu de naissance : St.Catharines, Ontario

Emploi précédent : Travailleur public

Partenaire : Fiancé, puis marié à Juanita R. Gansdale

Richard Walter Rayner fait partie de la première vague de soldats qui s’engagent dans l’armée canadienne en août 1914 pour participer à la Première Guerre mondiale. Rayner nous présente un récit de guerre vivant et authentique. Contrairement à d’autres soldats, Rayner écrit dans le but de partager son expérience avec sa fiancée (plus tard sa femme).

[Journal intime] “Richard Walter Rayner – Diary”, 19 mai 1918, Collections CCGG

« Encore une belle journée. Nous sommes allés à l'église ce matin, mais je serai damné si je peux supporter le Père Hugues et son visage toujours peiné. »

Rayner ne s’entend pas toujours bien avec ses supérieurs. Le 19 mai 1918, il mentionne l’aumônier (prêtre) de son bataillon en ces termes.

Pour cette raison, il décrit avec honnêteté son ennui, ses peines et ses désagréments.

Obstiné, Rayner gagne néanmoins le respect de ses commandants durant la guerre, gravissant les échelons jusqu’à sa nomination au poste de lieutenant.

Grâce au récit de Rayner, on comprend mieux les difficultés et désagréments de la vie dans les tranchées.

Pluie et boue

[Photographie] “A.S.E. at Passcendaele”, 1917, Collections CCGG – ASE label, 2016.3.1.1.-56

Un soldat marchant dans la boue, après une bataille, en 1917
À de nombreuses reprises, Rayner décrit les terribles conditions dans les tranchées, disant en juin 1915: “Il a plu comme le disable une grande partie de la nuit. […] Les tranchées sont dans un état terrible. J’ai passé une partie de l’après-midi derrière les fils barbelés & les tranchées étaient trempées, croyez-moi.”

L'impact de la température sur le moral des soldats

Les conditions métérologiques ont un impact très important sur la santé et le moral des soldats durant la guerre. Lorsqu’ils sont en déplacement, les soldats dorment régulièrement dans des villages, où l’espace est disponible. Rayner dort à de nombreuses reprises dans des granges, des wagons ou des fermes, où les soldats ne sont pas toujours protégés du froid et de la pluie. 

Néanmoins, rien ne se compare aux conditions de vie dans les tranchées. Dans ces espaces confinés, les soldats sont à la merci de la température. Les fortes pluies peuvent affaiblir l’intégrité structurelle des tranchées et créer des mares de boue.

Les nuits où il fait particulièrement froid, les soldats dans les tranchées ne sont pas autorisés à faire un feu, car cela risque d’alerter l’ennemi de leur présence. Par conséquent, la nourriture et l’eau sont gelés, et impossible à ingérer. Sans rien pour les garder au chaud, les soldats sont parfois incapables de dormir.

« Je monte la garde cette nuit, je parie qu'il fera trop froid pour dormir. »

[Photographie] “Free Tee at a Canadian Y”, 1918, Collections CCGG, 2020.02.1-14

Canadian and Imperial troops helping themselves to free coffee at Canadian Y.M.C.A. Advance East of Arras Rapidement, un système rotatif est mis en place pour préserver les troupes. Les soldats passent généralement quelques jours (4 à 6) dans les tranchées, sur la ligne de front, avant de reculer et de passer le même laps de temps dans les tranchées secondaires. Finalement, les soldats sont positionnés dans les tranchées de réserve, avant de recommencer le cycle. Ils ont aussi un congé occasionnel en Angleterre de temps en temps.

Le pied de tranchée et cette «même vieille toux»

Maladies dans les tranchées

Si quelques soldats sont assez chanceux pour éviter les blessures sur le champ de bataille durant la Première Guerre mondiale, aucun n’évite les maux de la vie dans les tranchées.

Avant même de partir pour le front, Rayner attrape une bronchite à Salisbury Plain. Il n’obtient pas un congé malgré son état, et il traîne une «vieille toux» et une douleur à son poumon gauche durant le reste de la guerre.

« Si la température ne change pas, nous serons morts avant d'atteindre le front. »

[Photographie] “Laying Trench Mats at Passchendaele [ASE label]”, novembre 1917, Collections CCGG, 2016.3.1.1-92

Les soldats placent des caillebotis au fond des tranchées afin de protéger leurs pieds de l’humidité.

En raison de la boue dans les tranchées, les soldats peuvent souffrir du pied de tranchée, une condition qui s’attaque aux pieds froids et humides. Les soldats souffrant du pied de tranchée souffrent d’ampoules et d’infections fongiques. Dans les pires cas, leurs pieds sont attaqués par la gangrène.

La fièvre des tranchées, transmise en raison des pous, est une malade infectueuse caractérisée par des douleurs importantes dans les tibias, de la fièvre, des maux de tête, des muscles endoloris et des lésions cutanées. On estime que plus de 450 000 soldats sont touchés par cette maladie durant la guerre.

Finalement, durant l’hiver, quand il fait particulièrement froid, les soldats sur le front ne sont pas protégés contre les engulures et l’hypothermie. Plusieurs soldats perdent ainsi des orteils en raison du froid excessif. Rayner, bien qu’il mentionne à de nombreuses reprises le «froid de canard» des tranchées, n’a pas à subir ce sort.

[Contenant à médicament] “Food Powder”, 1918, Collections CCGG.

« Les foutus rats sont aussi gros que des lapins et aussi amicaux »

[Photographie] “”Funk hole” in Front Line Trench [ASE label] “, 1917, Collection CCGG, 2016.3.1.1-187

Des planques, des petits trous creusés dans les parois des tranchées, étaient la forme la plus élémentaire des abris utilisés par les soldats dans les tranchées. Des abris plus élaborés, qui s’étendaient sous terre, soutenus par des poteaux en bois et de la tôle ondulée, offraient plus de protection contre les éléments ainsi que contre les tirs ennemis.

« Les foutus rats sont aussi gros que des lapins et aussi amicaux. Je regardais par le judas en essayant d'obtenir une ligne de tir sur les Fritzies & et l'un d'entre eux est venu & s'est assis juste en face de la boussole, j'ai essayé de prendre mon arme mais il a bougé trop vite pour moi. »

Les autres occupants des tranchées

Les rats sont un constant irritant pour les soldats. Ils atteignent des tailles énormes en se nourrissent des provisions de l’armée. Ils contribuent également à la propagation des maladies et aux infestations d’insectes dans les tranchées.

Les soldats ne sont également pas protégés contre les poux, qui se reproduisent à une vitesse fulgurante dans les tranchées. Dans ces endroits confinés, les poux aiment particulièrement se coller à la peau des soldats et à leurs vêtements. Des bains communautaires et des appareils à vapeur pour les vêtements sont installés près des tranchées de réserve pour que les soldats puissent se laver et nettoyer leurs vêtements régulièrement. Malheureusement, les appareils à vapeur sont peu efficaces contre les poux, et les soldats doivent utiliser d’autres méthodes pour s’en débarrasser, comme les brûler avec de la cire à bougie.

« La routine ici consiste en un bain de soufre le matin, à rester allongé toute la journée, puis à en prendre un autre le soir. Le médecin militaire dit que je dois faire ça durant trois jours & que je serai guéri. »

Rayner se plaint aussi de la gale, une infestation de la peau par des acariens microscopiques. En juin 1918, il quitte le front pour visiter un médecin militaire: « J’ai quitté Bayers pour Fremscourt ce matin pour me rendre au poste de repos de l’armée à Fresmcourt, afin d’être soigné contre la gale.»

L’armée américaine reporte, entre 1917 et 1919, plus de 34 000 cas de gale au sein des leurs hôpitaux militaires.

[Journal intime] “Richard Walter Rayner – Diary”, 3 juin 1918, Collections CCGG

Le parcours de Rayner durant la guerre

« Aujourd'hui a été un jour glorieux, mais je n'ai pas reçu de lettre de la petite dame [sa femme Juanita]. Ça aurait rendu la journée encore meilleure. »

Au fur et à mesure de la guerre, Rayner s’ennuie de plus en plus, attendant à tous les jours des lettres de sa famille ou de ses amis. Il rêve aussi au petit bungalow qu’il va occuper avec Juanita après la guerre.

Son journal s’arrête brusquement à l’été 1918, lorsque Rayner est blessé sur le champ de bataille de Saint-Éloi. Il souffre d’une intoxication au gaz et est évacué à l’Hôpital des officers de Birkdale en Angleterre, où il reste jusqu’à la fin de la guerre. Recevant son congé de l’armée, Rayner souffre néanmoins des séquelles du gazage pendant de nombreuses années, en plus de la surdité provoquée par des années d’exposition aux armes lourdes.

[Photographie] “”Mont Ste-Eloi” [ASE Label], 1914-1918, Collections CCGG, 2016.3.1.2-127